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Prométhée,
à son ombre enchaîné.
29/09/09
Fini La Route de Cormac McCarthy il y a quelques semaines.
Pas précisément l’une des nouveautés
de cette traditionnellement opulente rentrée littéraire,
non, la première édition date de 2006, Prix Pulitzer
2007, mais voilà, ça résonne, émet
à longue distance, fait écho, surtout à 20h
devant les infos.
Un père et son fils marchent le long d’une route,
poussant devant eux un caddie, dernier avatar d’une société
de consommation annihilée. On ne sait pas qui ils sont,
ni quand, ni dans quel pays, ils n’ont pas de nom, pas d’âge.
On sait qu’ils marchent vers le sud, dans un ultime réflexe
de migration. A perte de vue, un froid glacial saisit des paysages
calcinés dans leur désolation, rien ne couve sous
la cendre que des cadavres, la terre est morte, le soleil agonise.
Que s’est-il passé ? Le « type » et le
« petit » parlent peu, juste ce qu’il faut pour
la survie. A quoi bon évoquer les couleurs à l’enfant
qui n’en a pas le souvenir, à quoi bon les chants
d’oiseaux ou le vent dans les feuilles, l’ondoiement
d’une truite arc-en ciel, l’odeur de l’herbe,
les bras d’une mère ? La terre qu’il arpente
n’est plus celle-là, ne sera plus jamais celle-là,
d’ailleurs est-elle encore la terre des hommes ? Il en subsiste
peu, à peine quelques rares « gentils » réduits
à l’état de proies décharnées,
frigorifiés, épuisées et traquées
par les « méchants », hordes cannibales dont
l’humanité reste incertaine. Seuls, la terreur, la
faim, le froid, font avancer, tenir encore un peu debout avec,
comme seule consolation à laquelle se réchauffer,
la potentialité du suicide.
On avance dans ce livre en apnée, asphyxiés par
le style cinéraire, prisonniers de l’absurde répétition
d’un quotidien ramené à la survie, terrifiés
par l’indétermination qui confère à
l’universel, espérant qu’à suivre la
route, nous finirons par entrevoir la cause de cette apocalypse.
Mais cet espoir est lui aussi sapé. Alors, on en arrive
forcément à se le dire : peut-être ne s’est-il
rien passé ? Peut-être n’est ce là qu’une
vision, pessimiste au paroxysme, de l’évolution de
notre époque, de notre monde déjà un peu
brûlé, déjà un peu malade ? Heureusement
à nous, il reste encore beaucoup à sauver.
Dimanche, au hasard de déambulations, nous nous retrouvons
invités à visiter un squatt de sans-papiers à
deux pas de chez nous. Immense hangar où des piles de matelas
déglingués tracent un labyrinthe, linge qui sèche
sur les fils électriques, quelques tables branlantes, une
télé, des dizaines et des dizaines de familles vivent
là. A l’occasion des « portes ouvertes »
ils organisent des concerts, des collectes, des pétitions
et exposent en dessins leur parcours du combattant pour obtenir
des papiers d’identité. Une petite fille africaine
glisse soudain sa main dans la mienne, me sourit, serre fort,
ne lâche plus, se met à m’accompagner en sautillant,
en dansant.
Dans le livre de McCarthy, on ne sait pas non plus si avant de
fuir vers le sud, les populations ont commencé par fuir
vers le nord…
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